Un texte de David Jauvin et des jeunes péquistes
En ce temps des Fêtes, on nous invite à ralentir, à prendre notre temps, à célébrer à la maison. Pourtant, pour notre génération, cette maison est devenue une idée fragile, vulnérable, presque abstraite. À l’approche d’une période qui se doit reposante, jamais une génération n’a eu l’impression d’être autant mise au pied du mûr que la nôtre. Une génération sommée d’accepter très tôt que les prix des briques sont inaccessibles, parce que nos conditions ne suffisent pas. Ce qui était normal pour nos ancêtres relève aujourd’hui de l’exception, pour être optimiste, si ce n’est du miracle, en étant réaliste. En ce temps des Fêtes, nous avançons dans un monde où il est de plus en plus difficile d’intégrer l’idée que la maison de nos parents et de nos grands-parents pourra, un jour, devenir également la nôtre.
Ralentir est désormais un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre. Nous devons avancer sans arrêt, puisque le temps joue contre nous. Pourtant, nous faisons tout ce qu’on nous a demandé. Nous étudions. Nous travaillons. Depuis trop d’années, nous nous asseyons sur les bancs d’école et nous avalons l’espoir d’une fausse promesse. Nous accumulons les diplômes, les heures, les sacrifices, comme nos parents. Pourtant, contrairement à eux, la porte de cette maison reste barrée. On fait ce qu’on doit faire, ce qu’on nous a demandé de faire, et malgré tout, l’accès à notre maison demeure verrouillé.
En ce temps des Fêtes, on contemple ses traditions, sa stabilité et son confort. On célèbre le foyer d’autrui pendant que, pour nous, les jeunes, celui-ci reste hors portée. Alors que dans les réveillons, les enfants courent et font du bruit, nous sommes en train de contempler avec un peu trop d’espoir l’idée d’un jour pouvoir élever une grande famille. Parce que dans un petit 4 ½, on ne peut pas faire de miracle. C’est une injustice.
Autour des tables, on célèbre la transmission, mais ce qui ne se transmet plus, c’est l’accès. Les clés qu’on accroche au sapin sont symboliques, presque ironiques, lorsqu’elles ne traduisent pas la tragédie de la situation. On nous rappelle l’importance d’avoir un foyer pendant que la possibilité d’en avoir un se dérobe. La fête met en lumière une absence : celle d’un lieu qui serait vraiment le nôtre, quelque part, dans un monde qui ne serait pas aussi instable que le nôtre.
Ce n’est pas un caprice ni un manque d’effort. Notre cri du cœur est le constat d’une génération coincée entre le désir légitime de se projeter face à une réalité qui repousse sans cesse cette possibilité. Notre génération avance dans un monde où les défis sont immenses : chômage, dégradation de nos conditions économiques, érosion de notre capacité d’accéder à la propriété, urgence climatique qui presse chaque jour un peu plus.
Et comme si cela ne suffisait pas, nous devons aussi avec des discours qui servent à disqualifier nos revendications, à les réduire à des émotions trop vives, à des nostalgies d’un temps révolu ou à des ambitions déraisonnables. On nous reproche d’en vouloir trop, trop vite, trop intensément. On nous impose l’attente, en nous disant que notre tour viendra. Nous attendons. Pourtant, rien ne laisse croire que ce moment arrivera.
Alors, en ce temps des fêtes, ce texte ne souhaite que l’essentiel : arrêtons d’éprouver de la pitié pour les jeunes. Considérons-les. Dans une époque où tout va vite, où tout est guidé par un désir d’obtenir un gain instantané, pensons au futur, au moins durant cette période de l’année. Le plus gros cadeau que l’on peut nous faire, c’est nous inclure dans les politiques et dans les décisions. C’est de nous inclure dans les conversations autour de la table, c’est de parler et de débattre ensemble, entre générations. Ce qu’on souhaite par-dessus tout pour Noël, c’est que notre futur qu’on nous a promis, qui nous paraît pour l’instant si mythique et lointain, cesse d’être une promesse brisée, mais devienne la force nécessaire pour porter les changements attendus afin de faire éclore un avenir à la hauteur de nos espoirs et de ce qui les nourrit.
